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automutilation

Introduction

Que cela soit caché ou visible, la mutilation de son propre corps ou d’une autre personne dans un cadre plus social…la coupure de la chair choque plus d’une personne.

La peau est une limite, une barrière entre l’intérieur et l’extérieur.

Le langage de la trace sur la peau n’est pas la même s’il s’agit d’un tatouage, d’un rituel sacré, ou d’une coupure que l’on fait en dehors du regard des autres.

I – Histoire de la mutilation : la mutilation comme signe visible, signes d’identité

 

II - Automutilation : autodestruction ou survie ?

A – Qu’est ce que l’automutilation

Définition

L’automutilation est une mutilation, une blessure physique qu’une personne s’inflige à elle-même. On peut l’appeler aussi auto agression, blessures volontaires, que la personne se fait à elle-même, sans volonté de mettre fin à ses jours.

L’automutilation peut avoir différentes formes, plus ou moins graves :

  • s’égratigner, s’arracher les croûtes sur la peau, empêcher ses blessures de guérir
  • se donner des coups, se cogner la tête contre les murs, se mordre…
  • se tirer les cheveux, se les arracher, ou ce qu’on appelle communément la trichotillomanie
  • se brûler, avec une cigarette, avec un briquet ou de l’eau bouillante…

Se couper la peau avec une lame de rasoir ou un morceau de verre…

Les coupures représentent la forme la plus commune d’automutilation.

L’automutilation peut être pratiquée sur tout le corps : bras, jambes, visage, sexe…dont la signification, et la gravité de l’acte peut être différent en fonction du lieu où a lieu la trace.

Il n’existe pas de statistiques en France pour évaluer le nombre de personnes qui s’infligent ces souffrances. Pourtant, il toucherait un nombre croissant d'adolescent et de jeunes adultes, essentiellement des femmes.  Ce comportement apparait généralement à la puberté mais peut s’aggraver entre l’âge de 16 et 25 ans, et peut durer pendant des années, même jusqu’à un âge avancé

Plus d'un jeune sur dix serait concerné. Comme il s’agit d’une activité très secrète, il est difficile de déterminer exactement le nombre de jeunes gens qui s’automutilent.

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Nous ne pouvons faire de profils exactes, mais l’automutilation est un comportement que l’on retrouve plus fréquemment sur des personnalités dites « états limites » ou borderline, les personnes anxieuses, psychotiques. Nous retrouvons ce comportement chez des personnes dites « bipolaires » Ce comportement se retrouve également chez des personnes dépressives, ou chez des personnes souffrant de troubles de comportement alimentaires, ou toxicomanes.

L’automutilation est considérée comme un symptôme, symptôme d’une souffrance intense.

L'automutilation est un symptôme vu, à la fois, chez des hommes et des femmes avec divers troubles psychiatriques.

Il semble y avoir des liens forts entre l'automutilation et les troubles du comportement alimentaires. Ainsi, ce besoin de se faire mal est souvent observé dans les problèmes d'anorexie. On le retrouve également dans les cas de boulimie. Cela semble logique, car troubles du comportement alimentaire et automutilation ont des causes similaires : expression d'un mal-être, volonté de maîtriser les changements de son corps… A noter, l'automutilation est également liée à l'abus d'alcool et de drogues. Mais bien sûr, il n'existe pas de règles en la matière.

Mais cela ne touche pas n’importe qui non plus.

Ce sont des personnes qui ont une faible estime d’eux même. Ce sont des personnes dont le narcissisme a été blessé, et remis en cause.

L’origine peut remonter à l’enfance, suite à des abus sexuels, à un sentiment d’abandon, à une carence éducative, d’une pression familiale, dans un milieu où l’on n’a pas permis à la personne de s’exprimer, exprimer ses émotions…

Mais le diagnostic le plus fréquemment rencontré en cas d'automutilations est celui de Trouble de la personnalité borderline. Pour certains de ces patients... le comportement automutilatoire est un moyen de "traiter" les états dissociatifs, le patient ayant de nouveau l'impression d'exister lorsqu'il ressent une douleur ou voit son sang. Pour d'autres... de "traiter" une angoisse intense... La motivation des comportements automutilatoires chez les patients psychotiques est habituellement une réponse à un ordre hallucinatoire"

Mais nous aborderons plus précisément les automutilations chez l’adolescent et jeunes adultes, les autres concepts sur l’automutilation chez les personnes handicapées mentales, psychotiques, autistes devront être approfondi plus amplement.


Pourquoi des personnes plus féminines que masculines ?

Il y a ce sang, visible, à rapprocher de celui des règles. « L’automutilation est un phénomène extrêmement féminin. Sans doute parce que les filles qui se blessent sont actives dans ce sang qu’elles font couler au lieu de le subir, de manière passive, chaque mois. » Comme Marie-Eve, 17 ans : « Avec un rasoir, je creuse de fines rayures sur mes bras. Le sang coule, je l’étale. Je n’ai pas mal. Et quand j’ai mal, je me sens vraiment exister. »

Pourquoi est ce que cela peut être plus un trouble d’adolescent qu’adulte ?

L’adolescence est une période difficile, où le corps se transforme. C’est une période de grandes fragilités, où l’adolescent qui se mutile tente de trouver ses limites, son identité, tente de se réapproprier son corps, par des signes sur sa peau.

Durant cet âge difficile de mutation qui se caractérise, plus que tout autre, par un flottement de l’identité corporelle – éveil du désir, interrogation du masculin et du féminin, entrée dans la sexualité –, l’adolescent explore ses limites. Patrice Huerre, psychiatre spécialiste de l’adolescence, ajoute : « L’élément sensoriel est très important, l’ado fait connaissance avec ses sens, le toucher, ce que sa peau manifeste en termes de sensations agréables ou douloureuses. »

Patrice Huerre, psychiatre, explique « en se mutilant, l'adolescent cherche surtout à éprouver son corps et à s'éprouver lui-même. Il a du mal à vivre son corps car celui-ci change continuellement ».

L'automutilation serait donc une manière de pallier à un mal-être, un mal-être qui précisément questionne l'adolescent quant à sa place dans le monde, c'est à dire la place de son corps dans le Réel. Car le corps (sa peau, ses organes, sa chair, ses os) est une sorte de barrière physique faisant « tampon » entre un monde extérieur et social et un monde intérieur et privé. « Il faut également tenir compte de ce que symbolise la peau. Elle est comme une barrière entre l'intérieur et l'extérieur dont l'adolescent va inconsciemment tester la capacité en se mutilant », rajoute Patrice Huerre.

Pour autant, lorsque l’automutilation s’inscrit au-delà de l’adolescence, il faut se questionner sur une problématique psychiatrique.

H.  40 ans raconte qu’elle a mis longtemps à s’arrêter de s’automutiler. Anorexique, bipolaire, et autiste asperger, elle se sentait submerger par un sentiment d’étrangeté et d’abandon lorsque son mari sortait le soir alors qu’elle restait seule avec les enfants, et dès le dos tourné, elle fonçait dans les toilettes se scarifier, sans en ressentir autre douleur que de simples picotements, juste un sentiment d’irréalité, comme si elle se sentait à l’extérieure de son corps, ce sang qu’elle voulait visible pour extérioriser une douleur qu’elle n’arrivait pas à exprimer.

Pourquoi l’automutilation ?

La plupart du temps, cette pratique permet à l'individu de se sentir mieux, d'extérioriser son mal être. Une personne s'automutilant ne sait pourquoi elle le fait, mais en a besoin.

Quelques raisons qui peuvent pousser quelqu’un a s’automutiler :

  • La volonté d’échapper a un sentiment de vide, de dépression, d’irréel.
  • Pour diminuer la tension ressentie
  • Pour soulager une immense peine ou douleur intérieure. Le fait de ressentir une douleur physique permet de diminuer la douleur ressentie à l'intérieur pour ces personnes
  • Pour exprimer une douleur émotionnelle
  • Avoir un sentiment d’euphorie
  • Pour se punir. Les victimes d’abus, de maltraitance durant leur enfance ont souvent le sentiment que ce qui leur est arrivé était leur faute et par ce moyen se punissent. Mais je tiens à préciser que ce sentiment est faux, ce n’est jamais la faute de la victime.
  • Souvent beaucoup de personnes victimes d’abus ont a l’intérieur d’eux une immense colère et s’automutiler est un moyen d’exprimer cette colère que peut-être vous n’osez pas exprimer ouvertement.
  • Avoir un sentiment de contrôle et de pouvoir sur son propre corps
  • Revenir à la réalité pour les personnes qui souffrent de multiples personnalités.
  • Provoquer un sentiment de sécurité et le sentiment d’être unique
  • Exprimer ou réprimer ses sentiments par rapport a sa sexualité
  • Exprimer le sentiment de « devenir fou/folle »
  • Se sentir en vie lorsqu’on a l’impression d’être mort a l’intérieur
  • Elimine des sentiments intolérables pour un moment

B – Maux/mots du corps

La signification est différente s’il s’agit d’un adolescent ou d’un psychotique.

En s’infligeant des blessures physiques, les personnes qui s’automutilent disent se sentir soulagés des sentiments qui les accablent. Elles ressentent la douleur à l’extérieur et non à l’intérieur.

La peau, une barrière infranchissable ?

Rien n’est plus violent, pour un père ou une mère, que de découvrir que son adolescent se mutile : coups de cutter sur les avant-bras, brûlures avec une cigarette, lacération des jambes. Au cours de cette adolescence que Françoise Dolto comparait à la mue du homard privé de carapace, le rapport à la peau est très particulier.

« La peau est une barrière, une enveloppe narcissique qui protège du chaos possible du monde, explique le sociologue David Le Breton (in “La Peau et les traces”, Métailié, 2003). Etre mal dans sa peau implique parfois le remaniement de la surface de soi pour faire peau neuve et mieux s’y retrouver. Les marques corporelles sont des butées identitaires, des manières d’inscrire des limites à même la peau. »

Faut-il être fou ? Masochiste ?

Il est difficile pour une personne extérieure à ce genre de pratique de comprendre ce qui pousse une personne à se faire du mal.

Ce comportement fait peur, par sa violence. Cela provoque l’incompréhension, l’effroi.

En s’agressant ainsi, l’individu brise la sacralité sociale du corps. La peau est une enceinte infranchissable sinon à provoquer l’horreur. La peau et la trace de David le breton

Se faire mal, se blesser volontairement ? « Ce sont les fous qui font cela », « il faut être masochistes »

« Il ne s’agit pas là de comportements relevant de la « folie », mais d’une forme particulière de lutte contre le mal de vivre », «  des hommes et des femmes, y recourent comme une forme de régulation de leurs tensions » la peau et la trace de David le breton

Le masochisme est la recherche du plaisir dans la douleur. Alors que l’automutilation c’est se faire mal pour échapper à la souffrance.

Vu/caché

C’est la plupart du temps un geste autodestructeur qui se fait à l’abri des regards, par honte, par peur d’être vu comme « fou », mais c’est surtout un comportement permettant à la personne de composer avec une douleur interne innommable, qu’elle ne peut pas mettre en mots. C’est une pratique plutôt privée, peu de personnes de l’entourage ne savent ce qui se trame derrière la porte des toilettes, dans la chambre d’un adolescent…

C’est une sorte de soupape face à un flot d’émotions que la personne n’arrive pas à gérer, à extérioriser, dont elle ne veut ou peut pas forcement parler.

La personne  s'impose généralement cette souffrance à l'abri des regards de son entourage, en se cachant dans sa chambre ou la salle de bain. Ces blessures pratiquées de manière répétée n'ont pas pour objet d'attirer l'attention, mais semble-t-il de permettre de contrôler ses émotions, ses angoisses, ses colères… à moins qu'il ne s'agisse d'un moyen de se réapproprier son corps.

H. se cachait dans les toilettes, Marie s’enfermait dans sa chambre, pour autant, les pansements et bandeaux entourant les poignées de H. laissaient apparaitre l’atrocité des actes qu’elle s’infligeait à son mari qui la serrait contre elle impuissant face à la détresse de sa femme. Marie, elle fut découverte par un ami a qui elle raconta ses actes lorsqu’il vit ses pansements aux poignées lors d’une activité piscine ensemble.

Même si c’est un comportement généralement caché, il y a une forme d’ambigüité dans le jeu d’un cache cache avec la personne qui découvrira alors les traces, pour enfin montrer à l’autre qu’on a besoin d’aide, pour pouvoir enfin dire sa détresse.

« Je le faisais seule dans ma chambre avec un scalpel volé à mon père. Je déchargeai ma colère. Il y avait des traces, des cicatrices. C’était ce que je voulais. Ça me soulageait mais ça me permettais aussi de montrer ma souffrance à tout le monde. Mais en fait, je dissimulais mes cicatrices tout en souhaitant que quelqu’un les découvre »

Je me cachais mais pour autant, je voulais qu’on sache, qu’on comprenne ma douleur, mais j’avais honte, j’avais peur que l’on ne me comprenne pas, que l’on me croie folle, et que l’on m’emmène à l’hôpital psychiatrique parce qu’on pensera à une tentative de suicide. Mais ce n’est pas cela. 

Tentative de suicide ?

Un autre nom peut être donné à l’automutilation : para suicide.

Ce qui pose la question du suicide : est ce que ces personnes en arrivent-elles jusqu’au suicide ?

H. 40 ans raconte ses automutilations qui un soir ont viré à la tentative de suicide. Quittée par son mari, elle s’est scarifiée, puis peu à peu, elle a cherché sa veine, s’est coupée, avant de réaliser son acte. « Je voulais mourir, je n’avais plus rien à perdre, j’avais tout perdu…il avait pris mon amour, il allait prendre mes enfants… Je voulais qu’il revienne, je voulais l’appeler à l’aide »

La cause tient autant d’un désir de mort que d’un désir de vivre.

 Ces personnes ne veulent pas se suicider. Elles le font pour vivre, pour se soulager.

Ceux qui s’automutilent ne veulent pas en finir avec la vie. C’est une lutte contre le mal de vivre. Elles approchent la mort pour se sentir vivre. Cela dit, cela n’empêche pas que dans les personnes qui s’automutilent certaines ont des tendances suicidaires.

La peau et la trace de David le breton : «  « nous confronte à la sollicitation brutale de la douleur ou de la mort pour exister. (…) Parfois, pour exister encore, il lui faut jouer avec l’hypothèse de sa propre mort, s’infliger une épreuve individuelle, se faire mal pour avoir moins mal ailleurs. (…) L’affrontement aux limites qui nous intéresse n’est en aucun cas une volonté dissimulée de périr, mais à l’inverse une volonté de vivre enfin, de se dépouiller de la mort qui colle à la peau pour sauver sa peau. (…) Dans ces comportements, il s’agit de ruser avec la mort ou la douleur pour produire du sens à usage personnelle, se remettre au monde. C’est parfois en atteignant le pire qu’il est possible d’accéder à une version de soi apaisée (…) En s’infligeant une douleur contrôlée, il lutte contre une souffrance infiniment plus lourde. (…)Les entames corporelles sont une forme de sacrifice. L’individu accepte de se séparer d’une part de soi pour sauver le tout de son existence. L’enjeu n’est pas de mourir. Ce sont des blessures d’identité, des tentatives d’accéder à soi en se défaisant du pire.

C’est sans rappeler les conduites à risques de certains adolescents qui disent qu’ils se sentent vivre que lorsque qu’ils sont à la frontière de la mort.

« L’automutilation est une forme particulière de lutte contre le mal de vivre, analyse David Le Breton. En s’infligeant une douleur incontrôlée, l’individu lutte contre une souffrance infiniment plus lourde. Ce n’est nullement une volonté de mourir mais, à l’inverse, une volonté de vivre. Il s’agit de payer le prix de la souffrance pour essayer de s’en extirper. L’atteinte corporelle est une forme de contrôle de soi pour celui ou celle qui a perdu le choix des moyens et ne dispose pas d’autres ressources pour se maintenir au monde. Elle est une forme d’auto guérison. » Contrairement aux tentatives de suicide, l’automutilation n’est pas un geste destiné à en finir avec la souffrance mais à en sortir.

Auto sabotage

 Elles participent donc de conduites négatives (attaques du corps propre, échec scolaire, conduite d’opposition relationnelle…) que l’on retrouve fréquemment dans les différentes formes de toxicomanie, les troubles du comportement alimentaires, les tentatives de suicide. Ces conduites vont refléter le maintien d’une situation de dépendance et traduire un échec à aménager la relation.

Attaques du corps, adolescence

Les automutilations sont une manière de traduire une souffrance mais c’est aussi un appel à l’aide. Cela traduit une forme de dépendance à l’autre. Cela peut être une manière de se culpabiliser, continuer à se punir, et à maintenir, sous ce statut de victime, une relation d’aide, d’assistance.

« Je voudrais arrêter de me dire "voilà c'est à cause de mon passé, c'est de ma faute, je dois me punir, je suis une pauvre victime qu'on doit aider.
Bref finir de me complaire dans un statut de victime que je ne veux plus endosser. »

« A quoi ça va servir? Encore une manière de m'auto punir, encore une manière de me dire que je suis qu'une merde. Réagis bon sang, tu ne vas pas passer toute ta vie à fuir les responsabilités, être dépendante de ton copain et lui faire porter un fardeau trop lourd pour lui. Tout ça, l'anorexie, les coupures, c'est parce que tu es lâche, parce que tu penses qu'à te plaindre, tu veux te faire plaindre, tu te complais dans ta dépression. On dirait parfois que tu cherches ça, foutre en l'air les choses pour te dire qu'au final tu es une merde, que tu mérites tout cela, détruire, te détruire, tout détruire pour te donner une raison de te foutre en l'air! »

Pour cette personne, l’automutilation est peut être une réponse contre son désir de mort : s’automutiler plutôt que voir une souffrance qui aurait pour réponse la mort.

Absence de parole/langage

A 37 ans, Carole revient avec lucidité sur les années où elle se lacérait les cuisses à coups de cutter : « J’ai été élevée dans une famille où la morale prédominante était : “Tu n’as pas le droit de te plaindre si tu n’as pas de raisons de te plaindre.” Mes parents étaient très durs avec les gens qui prétendument “avaient tout pour être heureux” et ne l’étaient pas. Au cours de mon adolescence, lorsque je me sentais mal et que je n’arrivais pas à mettre des mots sur cette souffrance, je me blessais. C’était une façon de me dire : “Maintenant, tu sais pourquoi tu as mal.” Puisque personne, moi la première, ne voulait entendre ma souffrance, c’était un moyen de lui donner une légitimité. »

Ce qui déclenche l’automutilation, c’est l’incapacité de verbaliser ses émotions, de parler d’une souffrance intérieure qui est innommable. La personne n’arrive plus à communiquer, alors les mots se font traces.  La douleur physique devient l’expression d’une douleur intérieure.

Pour Patrice Huerre, « l’automutilation est souvent un indicateur de violences subies, psychiques, physiques ou sexuelles. Montrer les blessures que l’on se fait est un moyen d’attirer l’attention sur celles qui ne se voient pas. »

Pour les personnes abusées par exemple, il est très difficile de mettre en mots la violence subie. Elles ont honte, se sentent coupable, ont une colère qu’elles refoulent, et qu’elles ne peuvent pas exprimer, murer dans leur silence, que leur bourreau leur a imposé. Alors, si elles ne peuvent le dire, elles peuvent le marquer sur leur peau, rendre visible une blessure invisible, car un abus sexuel ne laisse pas de trace, la violence psychologie ne laisse pas de trace, alors il faut que cela soit visible d’une manière ou d’une autre, en se coupant, en gardant une cicatrice visible de la souffrance qui ne laisse pas de trace.

Se punir

Une relation significative a été établie entre automutilation et des abus subis dans l’enfance.

Donner pour exemple, les personnes qui ont été abusées et qui retournent contre soi la haine qu’elles portent à leur abuseur. Mais elles se punissent car elles se croient coupable.

«  Je préfère me couper moi que quelqu’un d’autre. De toute manière je n’aurai personne à couper ». « Je ne vais quand même pas saigner mes parents »

La victime dirige vers elle-même la colère vu son incapacité ou impuissance à n'avoir pu résister à une grave offense. D'autre part, elle est en colère de n'avoir pas été capable de confronter l'agresseur. C'est en définitive une colère mal dirigée, non exposée et incorrecte dans la tête de la victime, un peu comme si quelqu'un doit payer, mais il n'y a personne pour prendre le blâme, alors il ne reste et ne restera à jamais que soi-même.

 « Celui qui dit : “J’ai besoin de me faire mal parce que je me déteste”, ne comprend pas que ce qu’il déteste, c’est le regard que les autres portent sur lui. La haine de soi n’est que le retournement de cette hostilité, réelle ou supposée, de proches. » Ce dont témoigne Karine, 16 ans : « L’autre jour, je me suis violemment disputée avec ma meilleure amie. Elle m’a dit des horreurs, que je n’aimais personne et que personne ne m’aimerait jamais. En rentrant chez moi, je me sentais tellement mal que j’ai pris un cutter et que je me suis lacéré les bras. »

A 27 ans, Bruno se souvient : « Je me suis automutilé de 14 à 17 ans. Avec un cutter, je me lacérais les cuisses et les bras. Aujourd’hui, grâce à une thérapie de type analytique, je pense que j’avais intégré le message de haine que ma mère me renvoyait régulièrement. Elle n’avait pas voulu de moi, elle me le faisait sentir jour après jour, j’étais le dernier des nuls, je n’arriverais jamais à rien. Je me sentais tellement coupable que je me punissais régulièrement de ne pas être digne de son amour. » Ces enfants en manque d’amour parental, David Le Breton en a croisé beaucoup au cours de son enquête : « Un enfant qui n’a pas été touché avec tendresse pendant ses premières années souffre d’un manque de contact, explique-t-il. Le corps n’ayant pas été ressenti comme expérience de plaisir, il reste extérieur, détaché. Et ne devient emblème de soi qu’à travers la douleur. La blessure renoue la frontière entre le dedans et le dehors. »
 

H. raconte que son collègue lui avait demandé de quoi elle se sentait coupable lorsqu’il avait réalisé qu’elle s’automutilait. Elle ne le savait pas encore. Elle savait qu’elle l’était, coupable de vivre, coupable d’avoir fait souffrir ses parents, coupable de tout. Tout le monde l’abandonnait et lui faisait du mal, c’est qu’elle était certainement méchante et qu’elle le méritait, alors elle se punissait d’autant plus, que cela soit par l’automutilation ou par l’anorexie.


Ce corps qui change, où l’adolescent se reconnait mal, il faut alors le punir, ou fixer en lui des repères, pour se retrouver.

Faire peau neuve

Le corps qui change, peut devenir un étranger, une peau qu’on ne supporte plus, qu’on voudrait changer. La coupure peut signifier aussi un besoin de changement, de se débarrasser d’un corps qui est trop étroit pour nous, qui est un fardeau.

La coupure a le symbole d’une coupure entre l’enfance et l’adulte. Ce n’est pas que la peau qu’on coupe, c’est aussi laisser cet enfant derrière nous, c’est couper le cordon qui nous retient à notre mère, c’est un signe d’indépendance, d’un besoin de se faire une nouvelle peau, une nouvelle identité, c’est une manière d’affirmer que son corps n’appartient qu’à lui, et que l’on peut le changer, contrôler sa modification par des signes, par la coupure.

Le sang, purification

La coupure fait couler le sang, et ce sang qui coule symbolise aussi une forme de purification, faire sortir le sale qu’il y a à l’intérieur de soi, c’est se débarrasser de ce qui est considéré comme une souillure.

Le sang qui coule a quelque chose de fascinant pour certaines personnes.

L’une des intentions exprimées par des automutilatrices, certaines victimes d’abus, est celle de la purification par le sang. On fait couler un « mauvais sang », on se purge de la détresse enfouie, on s’efforce de se laver, et on retrouve sa propreté à chaque coupure.

Mais en même temps, la vue du sang, c’est aussi symbole de vie et de mort, c’est se dire qu’on contrôle par la coupure sa destinée. On peut mourir, mais en même temps, le sang est symbole de vie, c’est le sang qui fait battre le cœur, c’est se sentir vivante.

« Le sang qui coule matérialise la rupture radicale entre l’ancien moi, ou son renouvellement régulier s’il s’agit d’une ritualité inscrite dans le temps.

Manipulation/dépendance

Témoignage de cette jeune fille qui s’automutilait devant son copain pour éviter qu’il ne parte : c’est une manière de garder à soi une personne qu’on sent partir.

« Je me coupe parfois pour garder un copain qui veut s’en aller. Ça impressionne et il ne sait plus comment faire »

Parfois, la manipulation des proches est l’une des intentions même. L’acte lie les mains de l’entourage terrifié

. Mais plus que ça, l’automutilation est une réponse à l’angoisse de l’abandon, du rejet. Elle maintien une forme de dépendance à l’autre, qu’elle soit visible ou pas, intentionnelle ou pas.

« Dès fois, il suffisait que mon copain s’en aille pour que je me coupe. Son absence m’était insupportable. Je ne savais pas s’il allait revenir. Il buvait, trop et je ne savais pas s’il allait revenir vivant de son escapade. C’était ma terreur, la peur de l’abandon, peur qu’il ne revient jamais. Et je n’avais que la coupure comme réponse à cette angoisse »

« Les entames corporelles visent à attirer l’attention sur soi, à conjurer la solitude et le sentiment de ne pas être compris. Si elles sont le plus souvent solitaires et secrètes, d’autres sont des appels à l’aide, une quête désespérée de reconnaissance » la trace et la peau, David Le Breton

 

En institution par exemple, une jeune fille s’automutile devant les éducateurs. Ainsi, elle mobilise l’attention des éducateurs. Et l’éducateur répond à une demande affective, de soins que l’on pourrait qualifier de maternant, car l’acte permet le rapprochement entre la jeune fille et l’éducateur référent, et combler ainsi une carence affective de sa mère.

Addictions

D’ailleurs, l’automutilation est considérée comme une addiction (à compléter) les personnes recommençant plusieurs fois un geste qui les soulage, les apaise, geste qui s’intensifie au fur et à mesure de la pratique. Le soulagement est l’etat d’apaisement après une coupure est souvent cités par les personnes qui s’automutilent. Mais cela ne les soulage que temporairement, et certaines personnes peuvent devenir dépendantes. Elles s’habituent à la douleur et doivent intensifier les coupures pour obtenir l’apaisement voulu.

« Je me deteste à un point que je m’inflige des blessures. C’est comme une drogue qui m’aide à me détendre et à continuer à vivre »

Cette violence venue de nos profondeurs et que l’on s’inflige pour ne pas l’imposer aux autres agit à la façon des saignées d’autrefois : elle libère une tension intérieure extrême. On se fait mal pour ne plus avoir mal. Carole en témoigne : « Mes périodes de lacération étaient suivies de moments de parfait bien-être. Toute la noirceur que je ressentais s’écoulait avec mon sang. Je m’allongeais sur mon lit et je me sentais, enfin, soulagée. » C’est précisément dans ce sentiment d’apaisement que naît le risque d’un engrenage, d’une addiction dont les ressorts sont les mêmes que ceux de l’anorexie ou de la boulimie : la destruction pour aller mieux.

Rituels intimes

Si pour certains, la coupure est une manière de gérer ses émotions. Pour d’autres, l’automutilation devient un mode de fonctionnement qui se répète dans le temps, devient une manière régulière d’exister. L’incision devient alors une cérémonie secrète, ritualisée.

Des personnes préparent un rituel, se mettent dans un lieu à l’abri du regard, choisit le moyen le plus propre à soi pour se couper, sa méthode, peut mettre une ambiance…

Cicatrice

La cicatrice est en générale acceptée comme preuve de ce qui est révolue. C’est la preuve que la souffrance appartient au passé, c’est la trace du contrôle qu’on a pu avoir sur soi. En la regardant, l’individu éprouve parfois un apaisement, le sentiment d’avoir passé une période difficile.

Ou parfois la honte d’avoir du en passer par là. Alors ces personnes tentent de cacher du mieux qu’elles peuvent les traces de leur méfaits qu’elles veulent laisser au passé.

La cicatrice est aussi un signe de ce qui ne peut se traduire par la parole. Pour des personnes abusées, même si elles peuvent relater les faits, certains se sont coupés des sentiments qui s’y rapporte. La cicatrice devient une démonstration de leur for intérieur, de ces sentiments cachés.

Mais lorsque l’automutilation n’appartient pas encore au passé, la cicatrice est perçue comme l’effacement de la douleur ressentie intérieurement, l’effacement de la trace qui dit ce qui est innommable :

« Dès que mon bras commençait à cicatriser, je recommençais à me couper. Je ne pouvais supporter que cela disparaisse, qu’il n’y ait plus la marque de ce que j’endure intérieurement. »

Exister ? Se sentir exister ? Trouver une identité ?

L’incision est une manière de se remettre au monde, de sentir les limites de soi. J’existe car je me sens, la douleur l’atteste.

Quand cela fait mal, c’est la preuve qu’on est réel, qu’on existe.

« Mes parents passaient leur temps à se disputer, et j’avais l’impression de ne pas exister, de me heurter à un mur d’indifférence. Me couper était une manière de leur dire : aimez moi, tenez moi dans vos bras, j’existe. »

C – Les automutilations chez les personnes psychotiques

(cf. le corps blessé de Claire Morelle)

A développer plus lors de l’écrit

Mais ce comportement se retrouve aussi chez les personnes handicapées, autistes, psychotiques, pour qui l’automutilation est un moyen de sentir son corps exister, une manière de trouver les limites de son corps.

La peau, pour les psychotiques, autistes, ne joue pas son rôle de contenant. Leur personnalité est dispersé, leur corps est morcelé, et face à l’angoisse de l’engloutissement, certains se font mal pour pouvoir sentir les limites de leur corps.

 

 

http://www.cmha.ca/bins/content_page.asp?cid=3-1036&lang=2

http://www.doctissimo.fr/html/psychologie/mag_2004/mag0102/ps_7333_automutilation.htm

http://psycho.ados.fr/automutilation_article1237.html

le corps blessé de Claire Morelle)

Attaques du corps, adolescence, N 48, éd. Georg.

La peau et la trace, de David le Breton

Jeux d’identité

La peau

Il n’y a pas de douleur sans souffrance

Des femmes plutôt que des hommes

L’entame du corps comme limites d’identité

Cran d’arrêt

Les inscriptions corporelles dans les rites de passages

Faire peau neuve

Purification

Inscrire des signes

La saignée identitaire

La cicatrice

La fin des entames

QUE FAIRE ?

Les adolescents qui s’automutilent ne parviennent pas à verbaliser leurs émotions, leurs souffrances. Aussi faut-il essayer de les faire parler de ce qu’ils éprouvent. « Cela peut passer par une engueulade, qui est une façon de dire “stop” et d’insister sur l’obligation de respecter son corps, estime Patrice Huerre, psychiatre spécialiste de l’adolescence. Et cela témoigne, même à travers la colère, que l’on se soucie de l’enfant. »

Si le dialogue ne se noue pas, s’il y a répétition, si les estafilades portent sur des parties du corps à forte connotation psychique (le ventre, les seins…), si le contexte général est inquiétant (chute des résultats scolaires, isolement, pauvreté verbale, difficultés familiales), mieux vaut, sans attendre, prendre l’avis d’un psy : au moins y aura-t-il eu une ouverture nouvelle pour l’adolescent en mal d’écoute. En revanche, si les troubles persistent longtemps après l’adolescence, ils peuvent être le signe d’une pathologie psychotique nettement plus grave.

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